L’art brut japonais

par Pascale Canobbio • Jeudi 23 septembre 2010


Sawada Shinichi, Sans titre, de 2006 à 2007. ©
Hirano Shinji, Ken Shimura (enfant), 2006. ©


L’exposition se tient à Montmartre, dans la Halle Saint-Pierre, à quelques pas de mon bureau. J’ai découvert un matin de juillet, émerveillée, les œuvres d’artistes japonais dont je ne savais absolument rien. Mon enthousiasme ne doit donc rien à une quelconque mise en équation à laquelle je me serais probablement livrée sans le vouloir, en apprenant que la soixantaine de créateurs sont pour la plupart pensionnaires d’institutions pour handicapés mentaux. Atteints de diverses maladies telles l’autisme ou la trisomie, ils souffrent d’incapacités ou de dysfonctionnements intellectuels et de difficultés marquées d’adaptation aux exigences culturelles de la société.

 

Sur le chemin du retour, je pensais simplement : vive l’art brut pour sa capacité exemplaire de déjouer comme qui rigole toute stratégie égotique de l’auteur ! L’élan s’en trouve tellement plus lisible : un jeu d’enfant qui se contente de ce qu’il a sous la main pour se mettre en mouvement, travailler sa langue, inventer son arène, trouver son tempo… et révéler, surgies du chaos comme par magie, des « choses » visiblement inspirées par une harmonie secrète, obstinée, rigoureuse, fixant au fil des œuvres les règles impensables par d’autres, de son geste à lui. Tout ça pour dire sa folie, la mienne, comment il entend ou voit le monde, lui-même.

 

En écho à cette réflexion réjouie, je lisais quelques heures plus tard ces lignes de Martine Lusardy, directrice de la Halle Saint Pierre :

 

« Leurs auteurs ont éprouvé l’expérience originelle et extrême de la création, tirant leurs thèmes et leurs moyens d’expression de leur propre fond, sans souci de style à affirmer, de personnalité à imposer ou de gloire à conquérir. L’ensemble de leurs œuvres forme une mosaïque d’univers riches et singularisés, dotés de significations propres qui gardent souvent leur mystère. Les figurations schématiques ou stylisées, les figures géométriques, les signes élémentaires ou les taches de couleur, les motifs récurrents, les idéographies inventées, les matériaux quotidiens détournés rejoignent le vocabulaire spécifique aux œuvres d’art brut ; vocabulaire individuel et original employé à donner un ordre expressif précis à un réservoir complexe de pensées et d’émotions. De fait l’influence de la culture japonaise a très peu d’impact sur ces créateurs et les emprunts faits à la culture, loin de se vouloir explicites, fonctionnent comme des réminiscences exploitées et métamorphosées à la façon des restes diurnes dans un rêve.

 

Ces œuvres nous interrogent sur la frontière mouvante et incertaine où elles se tiennent, entre le jaillissement de nos désirs et leur domestication par la culture. Elles entretiennent des résonances avec ce qui en nous est à la fois inquiétant et familier, ce qui aurait dû rester dans l’ombre et qui en est sorti, cet entremonde où se célèbrent les noces de l’art et de la folie, de la vie et de la mort, où se jouent les multiples passages de l’originaire à la culture, de l’intime à l’universel.

 

Dans la société japonaise extrêmement normée et codifiée où la pire menace est l’imprévu, où la force de caractère se montre dans l’obéissance aux règles et la maîtrise de l’émotion, la rencontre avec l’art brut pouvait sembler improbable. Elle a pourtant eu lieu récemment mais en étant subordonnée à la volonté politique de donner une plus grande reconnaissance sociale aux handicapés. Les initiatives pour valoriser ce corpus en tant que patrimoine artistique sont toutes récentes et correspondent à la rencontre avec l’art brut occidental. Cette ouverture de la culture nipponne sur l’art brut renouvelle le questionnement sur les rapports de l’art à ses sources, à ses frontières et à ses créateurs. Elle devrait nourrir une pensée capable de soutenir et de donner du sens à toute expression subversive au sein d’une culture lorsqu’elle est signifiée par des personnes œuvrant dans ses marges. »

 

L’art brut japonais jusqu’au 2 janvier 2011 à la Halle Saint-Pierre 2, rue Ronsard. 75018 Paris. M° Anvers.



La voie du Tao, un autre chemin de management ?

par Pascale Canobbio • Jeudi 23 septembre 2010

 

Au printemps dernier, pour la première fois en Europe, un grande exposition du Grand Palais consacrée au taoïsme aura tenté d’ouvrir l’occident à une conception de l’homme dans l’univers qui lui sont fondamentalement étrangers. Bien sûr, beaucoup ont déjà entendu parler du Tao, du Yin et du Yang, ou encore aperçu dans les parcs de nos mégapoles les énigmatiques enchaînements de Tai Chi Chuan pratiqués par des gens de tous âges.

 

Mais au-delà du charme poétique de ses multiples expressions — peintures, sculptures, céramiques, mais aussi textes fondateurs sous forme de traités, entretiens, citations, poèmes… — le taoïsme est avant tout l’expression philosophique et religieuse d’une exigeante culture de soi : « Dans la pensée chinoise classique, l’homme se construit par un long travail sur-lui même. Le réel de l’existence n’est pas à chercher dans un quelconque ailleurs théorique ou divin, mais dans l’inscription en soi du principe vital. En se réglant sur l’énergie vitale, principe de toute existence, le sage parvient à se renouveler perpétuellement. Une voie ardue qui passe par l’oubli de soi. »

 

Stéphane Feuillas, dans un cahier hors-série du Point (2007) dédié aux textes fondateurs de la pensée chinoise, poursuit : « A partir du VI ème siècle avant notre ère, lorsque l’ordre rituel de la dynastie des Zhou se disloque, différents penseurs partent d’une intuition fondamentale : la puissance doit d’abord être intérieure avant de rayonner dans le monde. Elle doit faire l’objet d’un travail constant et minutieux de la part du futur souverain pour lequel les conseillers de cour vont développer des voies spécifiques que les études sinologiques rangent sous le nom culture de soi . (…) En abonnant son moi, le sage découvre le naturel. Il laisse place en lui au libre jeu des forces qui gouvernent la vie, son corps et son esprit. »

 

Cela étant dit, « les penseurs chinois n’ont jamais été dupes de cet idéal. Tous, à des degrés divers, se sont attachés à déjouer les pièges de cette culture de soi. Quand, en effet, peut-on dire que le délestage des habitudes est acquis ? Quand peut-on être assuré que la conscience ne projette plus rien sur ce qui arrive, mais sait simplement l’accueillir dans sa singularité ? Le plus souvent, on ne se détache ici que pour mieux s’attacher ailleurs. Là résident sans doute la richesse et la fécondité toujours actuelle les philosophes de la Chine : penser que le naturel et la spontanéité ne s’acquièrent que dans un examen soucieux et exigeant de la conduite, croire et faire ( notamment grâce à la pratique de la méditation) que la simplicité advienne dans un oubli de soi.1 ».

 

1 Stéphane Feuillas, maître de conférence à Paris VIII.

 



Bon courage !

par Pascale Canobbio • Mercredi 28 juillet 2010

 

Oh oui le courage est BON. Que ce soit dans nos vies personnelles, professionnelles, citoyennes… nous le vérifions tous en ces temps sidérants, ce n’est pas le moment d’en manquer. Pourtant, « savoir qu’il va falloir tenir alors que rien ne tient. Est-ce cela la vie ? La vie digne ? Comment apprendre le courage ? Comment reprendre courage ? Comment nourrir le courage pour qu’il ne vous quitte plus ? » Dans son magnifique essai La fin du courage, la philosophe Cynthia Fleury, nous invite au chevet de cette vertu comme menacée d’épuisement, « réussie entre toutes » selon Vladimir Jankelevitch… l’élément qui rend « les autres vertus efficaces et opérantes ». A l’ombre de Bachelard, Nietzsche, Sénèque, Tocqueville, Aristote et surtout Victor Hugo… le courage s’explore dans tous ses états, à commencer par le plus intime « parce qu’il n’y a pas de démocratie sans individu » : on ne saurait donc prétendre questionner le versant politique du courage sans avoir d’abord arpenté de part en part son versant moral. Cynthia Fleury nous soumet ainsi avec grâce et acuité à l’irréductible. Mais finalement, le propos est aussi revitalisant qu’implacable. Au fil des pages, à force de toucher le fond de nos petites et grandes lâchetés individuelles et collectives, une question salvatrice s’impose, à la portée de tous : le courage, n’est-il pas d’abord celui de traquer le faux pour avoir une chance de se réinsérer dans le vrai, c’est-à-dire dans le vivant tel qu’il est ?… Chiche !

 

 

 

Chercheur associé au Centre d’histoire de la philosophie moderne du CNRS, Cynthia Fleury enseigne à l’Institut d’Études Politiques de Paris et à l’American University of Paris. Elle a écrit plusieurs livres, dont Métaphysique de l’imagination (Éditions d’Écarts, 2000), Pretium Doloris (Pauvert, 2002), Dialoguer avec l’Orient (PUF, 2003) et Les Pathologies de la démocratie (Fayard, 2005).
photo : © John Foley/Opale



La sagesse des mouches ?

par Pascale Canobbio • Vendredi 23 avril 2010

Cultiver le discernement, ainsi que le recommande le principe n° 2 de notre Good Consulting, est essentiel à la survie d’un individu, d’un groupe, d’une entreprise… Mais au fait, le discernement est-il réellement cultivable ? Dans un chapitre de son dernier ouvrage Le goût de vivre et cent autres propos (1), le philosophe André Comte-Sponville pose la question à partir d’une drôle d’expérience menée par un physicien. Je retranscris ici ce chapitre dans son intégralité.

 

Photo: Raoul Mouly


Les beaux jours reviennent. Aussi les mouches et les abeilles. Je ne dis pas cela pour gâcher votre plaisir. Le printemps est une saison merveilleuse, celle qui ressemble le plus au bonheur, à l’amour, à la jeunesse… Ce ne sont pas quelques insectes qui nous empêcheront d’en jouir ! Non, si j’évoque ces petits être vibrionnants, c’est pour rendre compte d’une expérience, dont me parlait l’autre jour un physicien. Nous trouvions l’un et l’autre qu’elle donne à penser, mais n’en pensions pas la même chose. A vous de juger…

 

Donc vous prenez une mouche et une abeille; vous les mettez dans deux bouteilles vides. Pas de bouchon: le goulot reste ouvert. Mais à l’autre extrémité de chacune des deux bouteilles, à l’extérieur, vous fixez une lampe allumée.  Puis vous observez…

 

Que va-t-il se passer ? Si j’en crois mon scientifique d’ami, l’abeille va se diriger vers la source lumineuse. C’est une démarche intelligente : dans son monde d’abeille, par exemple dans un arbre creux ou une grange, la lumière indique ordinairement la sortie… Mais là, non. Le cul de bouteille fait obstacle. L’abeille s’y heurte, recommence, tourne au fond de la bouteille, obstinément, vainement, absurdement, au point, si vous n’interrompez l’expérience, de mourir d’épuisement, prisonnière de cette lumière qui ressemble à une issue et l’en éloigne, victime de cet instinct qui ressemble à une intelligence, qui en est peut-être une, et qui la tue.

 

Du côté de la mouche, rien de tel. Elle est bien trop bête ! La lumière, pour elle, ne veut rien dire. Notre mouche volette au hasard, en tout cas en zigzag, comme elle fait toujours, de façon aléatoire, chaotique, sans projet, sans intelligence, sans stratégie… C’est ce qui la sauve: allant dans toutes les directions, elle finit par trouver la bonne, sans s’en rendre compte, et la voilà dehors sans savoir pourquoi, sans l’avoir mérité, stupide et libre…

 

Mon ami physicien y voyait une leçon de sagesse. « Un processus chaotique, me disait-il, est souvent plus salutaire qu’une stratégie immuable !

 

— Cela ne veut pourtant pas dire que la bêtise vaille mieux que l’intelligence…

 

— Non, mais qu’il faut savoir sortir des schémas préétablis, s’abandonner au chaos, au désordre, à l’improvisation… C’est la leçon aussi de la physique quantique : le hasard est plus riche et plus créateur que le déterminisme !»

 

Sur ce dernier point, j’étais assurément d’accord, comme déjà Epicure ou Lucrèce. Mais l’ami physicien, qui se pique de réenchanter le monde, ne s’arrêtait pas là: « Ton rationalisme en prend un coup ! Le salut est du côté du désordre, non de l’ordre ; du hasard, non de la logique. Ta philosophie est une abeille. Prends plutôt modèle sur la mouche et la physique quantique !»

 

La physique est une grande chose, dont je doute fort, toutefois, qu’elle puisse tenir lieu de philosophie. Pourquoi devrais-je penser comme une particule, qui ne pense pas ?

 

Quant aux mouches… Leur prétendue sagesse me laissait perplexe. D’abord parce que je voyais bien que ce n’est pas de trop d’intelligence que l’abeille mourait, mais de trop d’instinct, de trop d’obstination, de trop d’incapacité à changer, à innover, à inventer — de trop de bêtise. La leçon, si tant est que les insectes puissent nous en donner une, me semblait aller à l’inverse de celle que mon ami suggérait Le but n’était pas de nous rapprocher de la mouche, mais plutôt de nous éloigner de l’abeille ! On n’est jamais trop intelligent, toujours trop routinier.. Ce n’est pas la raison qui tue ; c’est la répétition..

 

Ton abeille, aurais-je dû répondre à mon ami, ce n’est pas une métaphore de l’intelligence ; c’est une métaphore de la névrose ! Elle est prisonnière de son passé génétique (l’instinct) ou individuel (l’expérience, le conditionnement). Elle croit que le salut est derrière elle, qu’il ressemble nécessairement à ce qu’elle a vécu… Comment pourrait-elle le trouver, puisque c’est sa quête qui l’enferme ?

 

Qu’il faille innover, changer, s’adapter sans cesse au terrain et aux circonstances, c’est la sagesse même. C’est de quoi l’abeille n’est pas capable. C’est de quoi nous avons besoin, qui n’est possible que par réflexion, inventivité, créativité. C’est à quoi sert l’intelligence, qui est la faculté d’inventer une solution neuve, pour un problème qui l’est aussi ( sans quoi l’on n’aurait pas besoin de réfléchir : la mémoire ou l’instinct suffiraient). Le contraire de la répétition ou de l’enfermement, ce n’est pas le chaos; c’est la liberté.

 

Sagesse, non des mouches, mais des hommes. « Si Dieu existe, disait Marc Aurèle, tout est bien; si les choses vont au hasard, ne te laisse pas aller, toi aussi, au hasard.»

 

Quelques jours après avoir lu cette histoire, je tombai par hasard ! sur cette réflexion du poète persan Rûmi (1210-1273)… ainsi conclurai-je ce billet: «L’homme est à moitié ange, moitié bête, l’ange est sauvé par sa connaissance et l’animal par son ignorance, entre les deux, l’homme reste en litige. »

 

1. Le goût de vivre et cent autres propos André Comte-Sponville (Editions Albin Michel)

 





La fabrique des images

par Pascale Canobbio • Mardi 23 mars 2010

 

C’est au musée du quai Branly une extraordinaire exposition d’anthropologie, conçue par Philippe Descola (anthropologue, dont le directeur de thèse fût Claude Lévi-Strauss et auquel il a succédé à la chaire d’anthropologie du Collège de France).

 

Comment lire les visions du monde fabriquées par l’esprit et la main de l’Homme?… Comment comprendre les formes de sa représentation, parfois si énigmatiques, si déroutantes ? Philippe Descola propose un décryptage fondé sur 4 grands modèles iconologiques créés par l’Homme : le totémisme, le naturalisme, l’animisme et l’analogisme. Et cela, au-delà de tout classement géographique ou chronologique : en Afrique, dans l’Europe des XVème et XVIème siècles, dans les Amériques des Indiens d’Amazonie ou des Inuit d’Alaska, dans l’Australie des aborigènes.

 

Vous me direz : quel rapport avec le management ? Eh bien tout. Parce que rien de ce que nous communiquons n’échappe à la nécessité d’en recourir à une figuration, sous quelque forme que ce soit. Dessine-moi un mouton. Sculpte-moi l’Homme dans l’univers. Tisse-moi l’esprit de ton projet. Fabrique-moi une image. Et allons-nous y rencontrer.

 

« Le choix du mot Fabrique, du latin classique fabrica, n’est d’ailleurs pas anodin, car il renvoie tout autant à l’idée d’œuvre d’art, au métier d’artisan qu’à la notion d’atelier, en fonction des lieux.

 

L’artiste, l’artisan, le chamane ou le forgeron sont doués d’un savoir et d’un savoir-faire. La fabrique des images ne se réduit pas à l’acte de créer, mais aussi à celui de transmettre une connaissance, une source d’information inscrite dans la mémoire d’un peuple, de tisser des liens qui unissent les groupes humains entre eux. La Fabrique des images est une exposition pour laquelle « prendre corps » a tout son sens. La pensée se matérialise, le spirituel s’incarne, le singulier prend les dimensions de l’universel, le sauvage et le domestique se réconcilient par le biais des analogies, des rapports de correspondance, la peinture de l’âme se fond dans une nature en trompe-l’œil ».

 

Texte extrait de la préface du catalogue rédigé par Stéphane Martin, Président du musée du quai Branly.

 

Video de quelques minutes à la pédagogie formidablement efficace :
http://www.lemonde.fr/culture/infographe/2010/03/09/le-quai-branly-explore-les-relations-entre-l-homme-et-la-nature_1314621_3246.html

 

 

 

 

 



Sobriété heureuse

par Pascale Canobbio • Mercredi 3 février 2010

J’ai découvert Pierre Rabhi récemment dans l’excellente revue Interdépendances. Il était temps ! Pierre Rabhi, agriculteur, penseur, écrivain français d’origine algérienne est créateur de l’agro-écologie et fondateur de Colibris, Mouvement pour la Terre et l’Humanisme.

 

http://www.dailymotion.com/video/x2v2mk_pierre-rabhi_politics
http://www.colibris-lemouvement.org/

 



Contre toute attente

par Pascale Canobbio • Mercredi 3 février 2010

Conviction intime inaltérable, intelligence collective, zéro idéologie et 100 % pragmatisme : l’aventure prospère de Jean-Marc Borello nous révèle qu’un autre monde est en train de s’inventer sous nos yeux. Nous en reparlerons.

 

 

 



Albert Camus vous parle

par Pascale Canobbio • Mercredi 27 janvier 2010

Avec sa propre voix, celles de Reggiani, Maria Casarès et Alain Cuny.
Oui Albert Camus nous parle et nous touche au cœur et nous fortifie.

 

 

Dans Les Amandiers, il dit par exemple des choses comme ça :

 

(…) Sachons donc ce que nous voulons, restons fermes sur l’esprit, même si la force prend, pour nous réduire, le visage d’une idée et du confort… La première chose est de ne pas désespérer. N’écoutons pas trop ceux qui crient à la fin du monde, les civilisations ne meurent pas si aisément, même si ce monde devait crouler ce serait après d’autres. Il est bien vrai que nous sommes dans une époque tragique mais trop de gens confondent le tragique et le désespoir. « Le tragique, disait Laurence, devrait être comme un grand coup de pied donné au malheur ». Voilà une pensée saine et immédiatement applicable. Il y a beaucoup de choses aujourd’hui qui méritent ce coup de pied.

 

Et puis un peu plus loin comme ceci :

 

(…) Ce monde est empoisonné de malheur et semble s’y complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzsche appelait l’esprit de lourdeur, n’y prêtons pas la main : il est vain de pleurer sur l’esprit, il suffit de travailler pour lui. Mais où sont les vertus conquérantes de l’esprit ? Le même Nietzsche les a énumérées comme les ennemies mortelles de l’esprit de lourdeur : pour lui ce sont la force de caractère, le goût, le monde, le bonheur classique, la dure fierté, la froide frugalité du sage. Ces vertus plus que jamais sont nécessaires, chacun peut choisir celle qui lui convient. Devant l’énormité de la partie engagée, qu’on n’oublie pas en tout cas la force de caractère. Je ne parle pas de celle qui s’accompagne sur les estrades électorales de froncements de sourcils et de menaces. Mais de toutes celles qui résistent à tous les vents de la mer par la vertu de la blancheur et de la sève. C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit.